Art médiéval
L'art médiéval est essentiellement religieux. Il part de l'héritage romain, barbare et chrétien primitif pour suivre sa propre voie. Les noms de style «roman» et «gothique» ont été donnés a posteriori et n'étaient pas utilisés à l'époque.
L'art préroman à partir du IXe, prolongement de l'art romain tardif, puis développement d'un style propre. L'art roman, proprement dit va du début XIe au du XIIIe. Il se développe sur l'ensemble de l'Europe occidentale.
L'art gothique, suivant les techniques (architecture ou sculpture, etc.), s'épanouit du XIIe au XVe. Mais le passage du roman au gothique a été progressif : les deux styles cohabitent parfois au sein d'un même ouvrage.
Architecture
Le roman. Vers l'an mil, l'amélioration de la vie quotidienne (arrêt des incursions Vikings et Maures, amélioration de la situation économique, croissance démographique, etc.) ainsi que le développement des pélerinages et des ordres monastiques provoque une vague de construction. Le style roman domine dans le sud de l'Europe (et de la France). Caractéristiques : arcs en plein-cintre, voûte en berceau (en bois, puis en pierre), déambulatoires (permettent la circulation des pélerins et l'accès aux reliques), nef (de «nave», bâteau), contreforts (qui soutiennent les murs depuis l'extérieur) et pilliers de sustentation. Exemple : Église Saint-Michel de Cuxa (956-974)
La transition, la Cathédrale de Laon (1155-1235) illustre le cas fréquent d'une église mélangeant roman et gothique
Le gothique, Le style gothique lui succède en Île de France (basilique de Saint Denis) et dans le Nord. On n'a pas construit que des église en style gothique : la Conciergerie de Paris, le palais de Papes à Avignon ou le palais de justice de Rouen illustrent aussi ce style. La veille ville de Carcassonne a été «reconstituée» par Violet-le-Duc. Ce style se décline en variantes en Angleterre (voûtes en éventail) ou en Allemagne (utilisation de la brique). Au XIVe apparaît le gothique flambloyant français Façade de la cathédrale de Reims (1211-1275). Par la suite, les classiques n'auront que mépris pour ce style et lui donneront le nom péjoratif de «gothique». Mais au XIXe, il y a un regain d'interêt pour le Moyen Âge en général et le gothique en particulier. On construit alors des églises imitant le gothique [cathédrale Saint-Patrick à New York (1858-1888)] ; c'est le néogothique.
Caractéristiques du gothique : l'arc brisé et la croisée d'ogive permettent de faire supporter le poids de l'édifice, par les pilliers (plutôt que par les murs). On peut donc percer les murs de fenêtres avec vitraux pour augmenter la luminosité tout en augmentant la hauteur de l'édifice. La symbolique de l'«élévation» et de la «lumière» chrétiennes sont ainsi matérialisées. L'arc boutant soutient les murs de l'extérieur. Les énormes pilliers sont fasciculés de façon à donner l'illusion d'une multitude de colonnes fines, évitant l'effet visuel de masse.
| abside | ![]() |
| bas-côté | |
| chapelles rayonnantes | |
| choeur | |
| croisée du transept | |
| croisillon | |
| déambulatoire | |
| narthex | |
| nef | |
| transept | |
| travée |
Musique
La musique n'existe pas pour elle-même, elle ne fait qu'accompagner un texte, une poésie ou une danse. Elle est donc fortement liée :
- à la liturgie (la musique d'Église est savante, basée sur le chant grégorien, avec des ornements complexes)
- à la poésie des troubadours et trouvères (chanson de geste, estampie, etc.), qui est chantée et pas simplement lue. Écoutez Hure (1260-1285), de Adam de la Halle, lisez Par moy contraint (1414-1465), de Charles Orléans (d').
- à la danse (ballade, virelai, rondeau)
Les périodes :
- ars antiqua XIIIe-XIVe
- école de Saint Martial (début XIIe)
- école de Notre Dame (Léonin milieu XIIe, Pérotin fin XIIe début XIIIe). Écoutez l'Organum «Benedicamus Domino» (1150-1250)
- ars nova XIVe (Philippe de Vitry) : un nouveau système de notation musicale permet de faire évoluer la pratique
- ars subtilio fin XIVe (Jacob de Senleches) : raffinement rythmique et polyphonique extrême. Ce style donnera naissance à la musique franco flamande.
La polyphonie naît de la volonté d'orner le plain-chant (chant liturgique sans accompagnement instrumental). Sur le shéma, une polyphonie à deux voix. Le plain-chant est en noir. C'est la voix principale, imposée. La voix organale est en rouge. C'est l'ornement. La polyphonie peut être note contre note (4 premières notes) ou elle peut-être fleurie (après le trait vertical). La polyphonie fleurie résulte souvent d'un mélisme : on chante plusieurs notes sur la même syllabe de texte latin.
Dans l'organum (forme première de polyphonie), la voix organale n'est qu'un ornement subordonné au cantus firmus (mélodie du plain-chant). Cependant, petit à petit, cette voix organale va prendre sa liberté, au point de concurrencer, puis supplanter le cantus firmus.
Les formes principales de la polyphonie : (L'essor de la polyphonie médiévale)
- Organum : polyphonie développée sur le plain-chant (cantus firmus). La voie organale procède par polyphonie parrallèle, puis contraire (XIIe). Il existe aussi une technique où la voix organle procède par mélismes sur des notes tenues du plain-chant.
- Conductus (XIIe, XIIIe) : accompagne une procession ; polyphonie note contre note ; texte et musique religieux mais non lithurgique (une liberté par rapport à un répertoire conservateur)
- Motet (sacré ou profane) : organum auquel on rajoute d'autres paroles. Sur la base d'un plain-chant (en latin), une ou plusieurs voix organales (motetus ou duplum et triplum) chantent un autre texte (pas forcément en latin, pas forcément religieux, parfois même grivois ; on s'échappe complètement du répertoire lithurgique)
Principaux représentants : Adam de la Halle (1240-1285), Guillaume de Machaut, Johannes Ockeghem, Philippe de Vitry
Peinture
La peinture n'est pas un art majeur au Moyen Âge. On peint notemment des miniatures et des retables. Le XIVe est une période remarquable pour les peintre flamands (Grûnewald, Jérôme Bosch). Une nouvelle technique de peinture à l'huile est d'ailleurs attribuée (sans doute à tort) à l'hollandais Jan van Eyck (1375-1440).
Littérature
C'est à cette époque que se mettent en place les principaux genres littéraires (poésie, théâtre, récit en prose). Cette littérature abondante est réservé aux seules élites lettrées (le peuple ordinaire ne sait pas lire) et riches (les manuscrits coûtent cher). Les ouvrages sont souvent anonymes. Celui qui récite une histoire ou copie un manuscrit peut le modifier ; la littérature est considérée comme un patrimoine commun et vivant, ce qui explique qu'un thème (e.g. Tristan et Iseult) soit repris par plusieurs auteurs.
On n'écrit qu'en latin jusqu'au IXe siècle. Le fameux Serment de Strasbourg (842-) (842) est un court passage en roman dans un document par ailleurs en latin. La grammaire et l'orthographe des écrits en «français» n'est pas homogène parce que la langue, héritée du bas latin, est en train de se former. Il y a la langue d'oïl au nord de la Loire et la langue d'oc au sud ; le prestige de la cour du roi fait que le dialecte francien finit par s'imposer. Du IXe au XIIIe, la langue est qualifiée d'«ancien français» ; du XIVe au XVIe, de «moyen français» ; au delà, de français classique. La création de l'écriture dite «minuscule carolingienne» facilite la création et la circulation de documents (écriture unique).
Les principaux thèmes des écrits séculiers sont :
- la chanson de geste («exploits guerriers» réels bien qu'idéalisés, la Chanson de Roland, Lancelot ou le Chevalier de la charrette),
- la matière de Bretagne (Arthur, les chevaliers de la table ronde et la quête du Graal),
- l'amour courtois (Tristan et Yseult (1170-), Roman de la Rose (1225-1270)),
- la satire (Roman de Renart),
- la chronique (La conquête de Constantinople de Geoffroi de Villehardouin),
- et la poésie [La Ballade des pendus (1463-), de François Villon].
Une partie de cette littérature est féminine : Hildegarde von Bingen, Christine de Pisan, etc.
Ailleurs
La République marchande de Venise commerce avec l'orient. Elle a connaissance des sciences byzantines qui sont plus étendues que celles de l'occident. La prérenaissance, commencé dès le Trecento (XIVe), se repand dans des lieux épargnés par la Guerre de Cent ans (Bourges). De plus, la Grèce, la Sicile, etc. sont en contact avec les Arabes qui sont à la pointe de la recherche en mathématiques, astronomie, etc. Les écrits d'Abd Allah Ibn Sina dit «Avicenne» (980-1037), Abdul Walid Ibn Roushd dit «Averroès» (1126-1196) ou Al-Khuwarizmi sont enseignées dans les universités médiévales mais sont inconnus ailleurs. Des événements vont bientôt changer la donne et permettre la diffusion plus large des connaissances.

